télé française : faut pas rêver, les pauvres ça fait pas rêver ! - Télévision - Télérama.fr
source Fiction télé française : faut pas rêver, les pauvres ça fait pas rêver ! - Télévision - Télérama.fr:
Il est avocat, architecte ou vigneron, conduit une berline, et n'a jamais tenu un aspirateur de sa vie. Elle est cadre supérieure dans une grande entreprise et une mère exemplaire, très investie dans la décoration de sa jolie maison.
Ni l'un ni l'autre n'affichent d'opinion politique, d'engagement religieux, encore moins syndical. Leur banquier est parfois un de leurs amis, et ils règlent leurs impôts sans le moindre problème. La preuve ? Ils n'en parlent jamais...
Ainsi va la vie dans la fiction télévisée où tout ne serait que confort, calme et réussite affichée, si un crime ou la révélation d'un terrible secret familial ne venait enrayer la routine domestique... Cette France aseptisée, parsemée de pavillons proprets, n'est décidément pas celle dans laquelle vivent les téléspectateurs. Les historiens du cinéma Noël Burch et Geneviève Sellier l'ont baptisée la Télénie, un « pays heureux », qu'ils ont visité au fil d'une étude au long cours (1) . « En Télénie, la pauvreté a pratiquement disparu : ce pays est peuplé d'une vaste couche moyenne, des logements décents y sont à la portée de tous, les "problèmes d'argent" au quotidien sont rarissimes et s'il y a quelques chômeurs, ceux-ci sont si qualifiés qu'ils ne tardent pas à retrouver un emploi. Nous n'avons vu qu'un ou deux SDF ou autres signes publics de la misère si courants chez nous. »
Dans les fictions hexagonales, le « pauvre » n'est pas mieux accepté que le « non-Blanc » (terme pudiquement utilisé par les sociologues) ou le handicapé.
Les statistiques publiées chaque année par le CSA dans le « Baromètre de la diversité » le confirment. En 2013, sur l'ensemble des personnages indexés (en une semaine « témoin »), 55 % appartiennent à la catégorie CSP+, alors qu'ils représentent seulement 21 % de la population française. Parmi eux, les cadres (et professions intellectuelles supérieures) se sont étrangement démultipliés (40 % des personnages contre 7 % des Français). En revanche, seulement 1 % des personnages sont des ouvriers, contre 9 % dans la « vraie vie ».
Face à ce constat accablant, Mémona Hintermann-Afféjee, présidente du groupe de travail « diversité » au CSA et ex-grand reporter, contient mal une saine colère : « Ce décalage entre la réalité sociale et ce qu'on voit à l'écran est nuisible à tout le monde. La télévision – et à plus forte raison, la télévision publique – doit être l'incarnation d'un pays. Et la fiction doit faire en sorte que ceux qui n'ont pas voix au chapitre aient une voix et un visage. Je n'ai aucun mal à imaginer ce qu'ils ressentent. Je viens d'un monde où être pauvre n'était pas un décor, où il n'y avait pas de livres, pas toujours de quoi manger... Ne pas entendre ces gens nous assourdit. »
suite article
>Fiction télé française : faut pas rêver, les pauvres ça fait pas rêver ! - Télévision - Télérama.fr:
'via Blog this'