Il n’y a aucune chance pour que ça finisse bien !, Enjeux et Je
Il n’y a aucune chance pour que ça finisse bien !, Enjeux et Je:
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Rainer Voss fut l’un des banquiers les plus influents de Francfort. Fils de chauffagiste, il générait quotidiennement 1 million d’euros de profits – plus que son père au cours de toute sa vie. Avec sincérité, lucidité, humilité même, il revient sur ces années de folie. Sans cracher dans la soupe, sans rien masquer non plus des pratiques d’un milieu qui l’a cajolé, enrichi, pressé comme un citron puis éjecté au milieu de la cinquantaine. C’est passionnant. Au milieu des années 80, le marché allemand était régulé, cloisonné par régions, archaïque. Des Américains à grosses bretelles ont débarqué avec de nouveaux instruments financiers. « Nous buvions leurs paroles.
On inventait des produits farfelus. On était comme des enfants dans un bac à sable qui s’amusaient avec leurs jouets. A l’époque, on ne pouvait rien casser. Maintenant, on peut faire beaucoup de dégâts. » Hollywood a popularisé les excès de la planète finance. Rainer Voss en donne une version plus terre à terre, cer-tai-nement plus juste. Sur les vitres d’une tour de Francfort, dans une salle de marché abandonnée, il explique, feutre à la main, la façon dont les banques et les collectivités locales se sont entraînées mutuellement dans la spirale de la spéculation.
Mais pas seulement pour dénoncer : « Nous ne sommes pas des joueurs de bonneteau. La plupart du temps, il n’y a pas eu de tricherie, pas de mensonge. » Juste un comportement moutonnier de gens qui ne voulaient pas passer pour des idiots en ratant une bonne occasion – pour l’élu, de combler son déficit budgétaire, pour le banquier, de rentrer une commission.
Cage dorée
Rainer Voss disserte sur la dissymétrie de l’information, décrit de façon originale la « pyramide inversée » de la hiérarchie bancaire. « Le trader n’est même pas un cadre sup. Il est plutôt au rang d’un chef mécano sur une chaîne de production. Je ne connais pas un métier où ceux qui peuvent faire le plus de dégâts sont en bas de l’échelle ! »
Il raconte la cage dorée dans laquelle est enfermé le trader, son absence de regard sur le monde extérieur en dehors de son rayon de compétence et d’intervention ; la pression pour cracher toujours plus de profits quelles que soient les méthodes employées ; le côté incontournable de la prise de risque quand le volume des dossiers rend inexploitable la masse d’informations qui s’y nichent ; la façon dont les « banques poubelles » allemandes gèrent avec l’Etat leurs 488 milliards de pertes potentielles ; la manière dont les spéculateurs ont étranglé la Grèce, puis le Portugal pour gagner des milliards ; la situation catastrophique de l’Espagne.
Pour Rainer Voss, la crise est loin d’être finie. La prochaine cible : Frank-reich. « Ensuite, ce sera fini. Game over. Personne ne pourra renflouer la France. Il n’y a aucune chance pour que ça finisse bien. Ça va nous exploser à la figure, sur le plan financier, social et politique. Il n’y a pas de plan B… »
Master of the Universe, Confessions d’un banquier, Marc Bauder, 1h28, 2013.
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