Trump change de ton sur l'Ukraine : soutien à Moscou, pression sur Kiev
Donald Trump a publiquement remis en cause la légitimité de Volodymyr Zelensky ce samedi 10 octobre 2026, tout en défendant un accord énergétique controversé avec la Russie. Une posture qui bouleverse l'équilibre diplomatique américain et inquiète les alliés de Kiev.
Un revirement assumé à la Maison Blanche
Devant les journalistes, le président américain n'a pas mâché ses mots. Il a suggéré que l'Ukraine ferait mieux de « se doter d'un nouveau dirigeant qui peut parvenir à un accord » avec Vladimir Poutine. Une sortie qui tranche nettement avec le soutien affiché par Washington depuis le début du conflit.
La justification avancée par Donald Trump : les frappes ukrainiennes contre les infrastructures pétrolières russes. Il les accuse d'attiser les tensions sur le marché mondial du diesel, alors même que son administration vient de valider un accord d'approvisionnement avec Moscou. « Il a intérêt à arrêter », a-t-il lancé à propos de Volodymyr Zelensky.
Un accord énergétique aux allures de symbole
Les termes de l'arrangement sont connus : la Russie doit acheminer 300 000 tonnes de diesel dès octobre, puis porter ces volumes jusqu'à 1 million de tonnes en décembre. Le Trésor américain a officialisé la mesure le 9 octobre via la licence générale 135, qui autorise les transactions liées à la vente, la livraison, le déchargement et l'importation de diesel d'origine russe.
Pour la Maison Blanche, il s'agit de répondre à une urgence : selon l'Energy Information Administration, le prix moyen national du gazole routier atteignait 6,199 dollars par gallon le 5 octobre, taxes comprises, soit 2,488 dollars de plus qu'un an auparavant. Un contexte inflationniste d'autant plus sensible que des élections législatives approchent.
Kiev dénonce une décision « faible »
La réaction ukrainienne n'a pas tardé. Volodymyr Zelensky a qualifié l'accord russo-américain de « décision faible », y voyant une nouvelle source de financement pour l'effort de guerre russe. Il a surtout accusé Moscou d'avoir répondu à cet allègement par une vague de frappes meurtrières.
« La Russie a exprimé ses remerciements pour la levée des sanctions sur les exportations de diesel en lâchant cinq bombes sur des immeubles résidentiels à Zaporijjia », a-t-il déclaré. Le bilan humain est lourd : 21 morts en Ukraine samedi, dont 20 dans cette ville du sud-est.
Le chef de la diplomatie ukrainienne, Andriy Sybiga, a rappelé que Volodymyr Zelensky bénéficiait du « soutien du peuple ukrainien » et qu'il « mérite d'être soutenu ». À l'inverse, Kirill Dmitriev, principal négociateur économique de Vladimir Poutine, a qualifié d'« historiques » les propos de Donald Trump.
Réactions partagées chez les alliés
Londres a affiché sa solidarité avec Kiev : le Premier ministre britannique Andy Burnham a fait part de sa « totale solidarité » avec Volodymyr Zelensky. Berlin, tout en « prenant acte » de la décision américaine, a réaffirmé son soutien à l'Ukraine. Volodymyr Zelensky a par ailleurs échangé avec Emmanuel Macron au sujet des conséquences de l'allègement des sanctions sur les produits pétroliers russes. L'Élysée n'a pas commenté l'accord américano-russe.
Côté russe, le Kremlin assure que Vladimir Poutine a « accueilli avec compréhension » les propositions américaines « de mesures visant à la désescalade » en Ukraine. Donald Trump affirme de son côté que son homologue souhaite « fortement » aboutir à un règlement.
Zaporijjia et Kiev sous les bombes
Les frappes russes ont ravagé plusieurs quartiers de Zaporijjia, située à quelques kilomètres du front. Le volontaire Daniil Pichkin, mobilisé dès l'aube, raconte avoir extrait deux survivants des décombres, avant de découvrir le corps d'une fillette. « Malheureusement, une petite fille est morte », a-t-il témoigné.
À Kiev, des explosions ont provoqué des coupures d'électricité et l'interruption temporaire du métro. Six personnes ont été blessées, dont cinq hospitalisées, selon le maire Vitali Klitschko.
Négociations avortées en Floride
Les discussions entre délégations américaine et ukrainienne, prévues vendredi en Floride, ont tourné court. La partie ukrainienne a quitté la table, même si l'émissaire Steve Witkoff a voulu retenir leur caractère « constructif ». Volodymyr Zelensky, lui, parle d'« un écran de fumée » dissimulant l'accord sur le diesel.
À retenir : ce samedi 10 octobre marque un tournant dans la position américaine. En liant approvisionnement énergétique et pressions sur Kiev, Donald Trump redessine les rapports de force, au risque de fragiliser durablement le soutien occidental à l'Ukraine.
Sources :
AFP avec Connaissance des Énergies ; Energy Information Administration (EIA) ; Office of Foreign Assets Control (OFAC), Trésor américain ; Cabinet du président ukrainien ; Kremlin ; Downing Street ; Gouvernement allemand ; Élysée.
