pourquoi l'accord diesel de Trump fait grincer des dents aux États-Unis


Présenté comme un remède à la flambée des prix à la pompe, l'accord d'importation de diesel russe conclu par l'administration Trump est devenu, en moins de vingt-quatre heures, un sujet de discorde au sein même du camp républicain. Plusieurs élus ont publiquement désavoué le président, certains allant jusqu'à déposer un texte de loi pour bloquer l'accord.

Ce que prévoit réellement l'accord

Le 9 octobre, l'Office of Foreign Assets Control (OFAC) du Trésor américain a publié la licence générale 135, autorisant les transactions liées à la vente, à la livraison, au déchargement et à l'importation de diesel d'origine russe. Le texte court jusqu'au 7 avril 2027.

Selon Donald Trump, la Russie doit « immédiatement fournir plus de 300 000 tonnes de diesel », puis 500 000 tonnes supplémentaires en novembre, avant un million de tonnes additionnelles. Un volume pouvant atteindre 3 millions de tonnes si les capacités de raffinage le permettent.

Il s'agit de la première exemption de sanctions de plus de trente jours accordée par Washington à Moscou depuis le début du conflit ukrainien en 2022. Un revirement d'autant plus frappant que le président américain avait signé, le mois précédent, une loi de sanctions globales visant les revenus pétroliers et gaziers russes — un texte prévoyant même des droits de douane pouvant atteindre 100 % sur les acheteurs de brut russe.

La fronde républicaine

La publication de l'accord a déclenché une vague de critiques inhabituelles au sein du Parti républicain. Selon le New York Times, plusieurs parlementaires ont exprimé leur désaccord sans détour.

Le sénateur de l'Alaska Dan Sullivan a ainsi affirmé que la réponse à la cherté du carburant résidait dans la « domination énergétique américaine », et non dans l'achat d'énergie russe — plaidant pour l'expansion de la production en Alaska. Mike Rogers, candidat au Sénat dans le Michigan, a résumé sa position en une phrase : « Aucune concession à Poutine. »

Le représentant du Nebraska Don Bacon a qualifié la décision de « grave erreur présidentielle », rappelant que « lorsque la Russie envahit un pays et bombarde des villes la nuit, tout le monde comprend que les sanctions sont la bonne réponse ».

Son collègue de Pennsylvanie Brian Fitzpatrick est allé plus loin en déposant une proposition de loi baptisée « Ronald Reagan Peace Through Strength Act », destinée à interdire les achats de pétrole russe par les États-Unis. Il entend recourir à une « discharge petition » pour contourner la direction de la Chambre et forcer un vote.

L'équation électorale

Derrière ces prises de position, la pression des prix reste le facteur déterminant. Selon l'AAA, le prix moyen de l'essence a atteint 4,37 dollars le gallon, en hausse de près de moitié depuis le déclenchement, en février, de la guerre contre l'Iran par Donald Trump et Israël. Le diesel a dépassé le mois dernier les 6,53 dollars le gallon, un record historique.

Or le diesel est le carburant du transport routier, de l'agriculture et de l'industrie. Sa cherté se répercute directement sur le coût des biens de consommation et alimente une nouvelle poussée inflationniste. Les secteurs les plus touchés — routiers et agriculteurs — comptent parmi les électorats traditionnels des républicains.

L'administration avait déjà tenté plusieurs pistes : autorisation du diesel à colorant rouge (normalement réservé aux usages non routiers et exonéré de taxe fédérale) sur les routes, réflexion sur une suspension de la taxe fédérale de 18,4 cents par gallon. Mais cette dernière mesure requerrait l'aval du Congrès, ce qui la rend peu probable dans les délais.


La réalité du marché mondial

L'accord se heurte par ailleurs à une contrainte de fond : la disponibilité réelle du diesel russe. D'après S&P Global Commodity Insights, les exportations russes de diesel depuis la mer Noire sont tombées à zéro lors de la dernière semaine de septembre — une première historique — tandis que les volumes nationaux chutaient de près de 50 % d'une semaine sur l'autre.

Moscou a instauré dès le 8 juillet une interdiction d'exportation de diesel, prolongée fin septembre jusqu'à la fin octobre, afin de stabiliser son marché intérieur. Les frappes de drones ukrainiennes contre les raffineries russes ont, selon l'Agence internationale de l'énergie, amputé la production russe de diesel d'environ 30 % en glissement annuel.

Les analystes restent donc réservés sur l'effet concret de l'accord. Ron Johnston, de Commodity Context, juge les volumes annoncés « relativement limités » au regard des capacités historiques d'exportation russes. Jim Mitchell, de Wood Mackenzie, parle d'un « remède temporaire, non d'une solution de fond ».

Le malaise chez les alliés

Les partenaires européens de Washington gardent leurs distances. L'Union européenne et le Royaume-Uni maintiennent intégralement leur interdiction d'importer des produits pétroliers raffinés russes, assortie d'un plafond de prix de 100 dollars le baril. Autrement dit, même si Washington lève ses restrictions, les armateurs, négociants et assureurs européens restent liés par leur propre cadre de sanctions.


L'ancien Premier ministre britannique Boris Johnson a jugé la décision « répugnante », estimant qu'elle revenait à faire financer la guerre par les automobilistes américains. Il rappelle que la flambée des prix trouve son origine dans la fermeture du détroit d'Ormuz, et non dans les frappes ukrainiennes.


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L'essentiel : Donald Trump entend régler la question du carburant à coups de barils russes. Mais ce faisant, il heurte de front l'aile pro-ukrainienne de son propre parti. À moins d'un mois des élections législatives, reste à savoir si l'apaisement des prix l'emportera sur la fracture politique ainsi ouverte.


Sources : 

S&P Global Commodity Insights ; Washington Post ; New York Times ; Energy Information Administration ; AAA ; Office of Foreign Assets Control (OFAC), Trésor américain ; Agence internationale de l'énergie ; Commodity Context ; Wood Mackenzie.

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