Même en France, l’influent guide Fooding compte depuis trois ans une rubrique « Manger seul » aux côtés de « Faim de Nuit » ou « Brunch ». « Elle est apparue naturellement avec la multiplication des comptoirs agrémentés de vrais tabourets, dans des restos contemporains pourtant munis de tables,explique Alexandre Cammas, cofondateur et rédacteur en chef du Fooding.
Se sustenter au bar, c’est aussi sympathiser avec le barman, boire un verre de plus, laisser un souvenir au patron, éventuellement brancher le voisin sans qu’il puisse s’enoffusquer, ne pas manger en face d’une place vide… C’est la promesse d’une possibilité de lien social, à une époque où on peut avoir beaucoup de friends, mais ne pas savoir avec qui dîner vendredi soir. »
Un récent article de slate.fr rapporte qu’en 2013, un restaurant éphémère ne proposant des places qu’aux personnes seules, Eenmaal, ouvrait ses portes à Amsterdam. Compte tenu de son « incroyable succès », raconte sa créatrice Marina Van Goor, l’enseigne s’est installée deux jours à Londres, en janvier dernier. Aujourd’hui, la Néerlandaise réfléchit à l’implanter « durablement » dans la capitale britannique et « sous forme de pop-up dans d’autres capitales d’Europe et à New York ».
Dans le camp d’en face, ceux que l’idée d’un repas en solitaire répugne bénéficient également d’un soutien technologique. Des applications comme DinnerCall, lancée en septembre, ou EatWith proposent de trouver des partenaires de déjeuner ou de dîner. Leurs promoteurs n’hésitent pas à pointer la solitude comme un fléau de santé publique : « On ne se parle plus. Et si le moment où l’on se met à table avec d’autres devenait le plus important de la journée ? » propose, sur une musique dramatique, la voix off du spot publicitaire de DinnerCall. Ils en appellent à la science : l’Etude prospective européenne sur le cancer et la nutrition (EPIC) n’a-t-elle pas démontré, en 2013, que l’absence de partenaires de repas accentuerait notre goût pour la malbouffe et favoriserait donc les problèmes d’obésité, de diabète et de cancer ?
Pour Claude Fischler, sociologue spécialiste des comportements alimentaires et auteur des Alimentations particulières. Mangerons-nous encore ensemble demain ? (Odile Jacob, 2013), il ne fait pas de doute que le mangeur isolé suscite traditionnellement une certaine méfiance. « Ne pas passer à table avec les autres a toujours induit une volonté de se mettre en retrait, un certain égoïsme, voire une défiance », souligne-t-il. Cependant, les habitudes changent : horaires décalés, célibat prolongé, baisse du temps passé aux fourneaux… « Nos modes de vie ont probablement contribué à augmenter le nombre de personnes s’attablant seules à l’extérieur, qu’elles en aient fait le choix ou non », poursuit le sociologue.
En 1985, déjà, le New York Times avait publié une série d’articles autour du thème « Dîner seul n’est plus perçu comme bizarre », destinés à mettre en confiance et à donner des tuyaux aux esseulés de la bonne chère. Ceux qui n’arrivent pas encore à se réjouir d’un tête-à-tête avec eux-mêmes pourront se consoler en observant un autre phénomène : le « phubbing ». Cela consiste à ostensiblement pianotersur votre smartphone quand quelqu’un vous parle. Une pratique que l’on retrouve entre gens qui n’arrivent pas à se réjouir de manger ensemble…
Dernière mise à jour : version 20.2, Avril 2025 Ce graphique prend le parti de la lisibilité plutôt que de l’exhaustivité. Y figurent des médias d’information qui « font l’opinion » et qui, pour la plupart, dépendent d’intérêts industriels ou financiers, ou de l’État : publications (principalement) généralistes nationales, quotidiens et hebdomadaires régionaux, médias en ligne, audiovisuel national et quelques chaînes de télévision locales. Les titres et groupes de presse indépendants ainsi que la presse dite alternative ne sont pas représentés. Enfin, on a limité les liens capitalistiques aux principaux actionnaires et décideurs. Documentation et réalisation : Le Monde diplomatique et Acrimed (Jérémie Fabre, Cécile Marin, Yann Bureller, avec Guillaume Barou, Boris Séméniako, Suzy Gaidoz, Vincent Caron, Marie Beyer). Source https://www.monde-diplomatique.fr
PROPOSITION DE LOI DROIT À L’AIDE À MOURIR Première lecture en cours Le 28 janvier 2026, ce texte n’a pas été adopté par le Sénat en première lecture (181 voix contre et 122 pour, voir les résultats du scrutin public). Ce même jour, le Sénat a en revanche adopté, en première lecture, la proposition de loi visant à garantir l'égal accès de tous à l'accompagnement et aux soins palliatifs (par 307 voix contre 17, voir les résultats du scrutin public). Les articles 2 et 4 de la proposition de loi en constituent la clef de voûte : l’article 2 définit le droit à l’aide à mourir, tandis que l’article 4 établit cinq conditions cumulatives pour que ce droit puisse être accordé au patient qui en ferait la demande. L’aide à mourir, qui a été érigée en « droit » lors de l’examen du texte à l’Assemblée nationale, est définie comme le fait « d’autoriser et d’accompagner une personne qui en a exprimé la demande à recourir à une substance létale […] afin qu’elle se l’administre ...
L’autocensure des idées minoritaires, conséquence de la surveillance de masse la théorie de la « spirale du silence », mise en avant dès les années 1970, qui démontre que les individus ont tendance à taire leur point de vue s’ils sentent que celui-ci n’est pas partagé par leurs pairs, par peur de l’isolement. Une étude américaine montre que la surveillance gouvernementale incite les internautes à taire leurs opinions quand ils les considèrent minoritaires. « Je n’ai rien à cacher. » Cet argument, défendu par de nombreux partisans de la surveillance gouvernementale, semble bien mis à mal par une nouvelle étude. Publiée dans l’édition de mars de la revue Journalism & Mass communication quarterly — et donc après les révélations d’Edward Snowden sur l’ampleur de la surveillance exercée par la National Security Agency (NSA) américaine, notamment sur Internet —, elle se penche sur la façon dont la surveillance de masse des internautes les pousse à s’autocensurer. Pour étudier ce phé...